DRÔLE D’EN-DROIT

L’empire d’Alexandre

mercredi 2 juin 2010.

Alexandre Grothendieck est un célèbre mathématicien apatride ayant principalement travaillé en France, dont le grand public n’a jamais entendu parler, bien qu’il ait gagné la médaille Fields en 1966 et le prix Crafoord (qu’il refusa d’ailleurs) en 1988.

Un jour, il s’arrêta de "faire des mathématiques" alors qu’il avait encore tant à nous apprendre, et refusa récemment toute diffusion de ses oeuvres, pour des raisons qu’il a expliquées lui-même.

Son ouvrage autobiographique "Récoltes et Semailles" est une leçon pour tout chercheur, de toute discipline.

On en retient en général une citation :

" L’interpellation qui m’était venue du monde des mathématiciens, et qui revenait sur moi avec une force nouvelle tout au cours de Récoltes et Semailles (et surtout, au cours de l’ "enquête" poursuivie dans les parties II et IV), avait pris d’emblée le masque de la suffisance, quand ce n’était celui du dédain ("délicatement dosé"), de la dérision ou du mépris, que ce soit vis-à-vis de moi (parfois) ou (surtout) vis-à-vis de ceux qui avaient osé s’inspirer de moi (sans se douter, certes, de ce qui les attendait) et qui étaient "classés" comme ayant partie liée à moi, par quelque décret tacite et implacable. Et à nouveau je vois apparaître ici le lien "évident" et profond", entre le respect (ou l’absence de respect) pour la personne d’autrui ; celui pour l’acte de création et pour certains de ses fruits les plus délicats et les plus essentiels ; et enfin le respect pour les règles les plus évidentes de l’éthique scientifique : celles qui s’enracinent dans un respect élémentaire de soi et d’autrui et que je serais tenté d’appeler les "règles de décence" dans l’exercice de notre art. Ce sont là autant d’aspects, sûrement, d’un élémentaire et essentiel "respect de soi". Si j’essaie, en une seule formule lapidaire, de faire le bilan de ce que m’a enseigné Récoltes et Semailles au sujet d’un certain monde qui fut le mien, un monde auquel je m’étais identifié pendant plus de vingt ans de ma vie, je dirais : c’est un monde qui a perdu le respect."

Que dire d’autre, aujourd’hui, de l’Université que certains prétendent soumettre à des logiques de gestion dont l’inhumanité a été prouvée dans leur champ d’utilisation initial : celui des entreprises américaines ?


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