La pizza européenne est ronde et peut être pliée en quatre (comme les cheveux coupés par la Commission)

samedi 24 septembre 2011.

Il aura tout de même fallu un règlement, norme la plus haute du droit dérivé de l’Union européenne, pris par la Commission et signé par le président Barroso, pour lever l’insoutenable suspense : celui de la pizza napolitaine.

Grâce au Règlement (UE) n° 97/2010 de la Commission du 4 février 2010, nous savons dorénavant que « la "Pizza Napoletana" STG se présente comme un produit de forme arrondie cuit au four, au diamètre variable qui ne doit pas dépasser 35 cm, au bord surélevé et dont la partie centrale est garnie. La partie centrale a une épaisseur de 0,4 cm, avec une tolérance admise de + 10 %, et le bord de 1 à 2 cm ». Nul doute que les Napolitains se distinguent clairement des Siciliens relativement à ces formes et dimensions.

On apprend aussi que « La pizza dans son ensemble est tendre, élastique, facilement pliable en quatre », ce qui ne pouvait résulter que d’un texte européen, seul de nature à prévoir les utilisations futures de l’objet ainsi plié : cale pour les meubles, mouchoir, pochette de blazer, etc.

Les journalistes et les juristes sont en général injustes avec les institutions de l’Union et prompts à souligner la technocratie, le déficit démocratique, l’éloignement du terrain. Mais ils sous-estiment toujours le lyrisme poétique de la Commission. Il suffit de lire ce règlement pour restituer à la Commission européenne ses lettres de noblesse et sa véritable qualité : celle d’un véritable conteur faisant rêver les citoyens que nous sommes. Qu’on en juge (suite du texte) :

« La "Pizza Napoletana" STG se caractérise par un bord surélevé, de couleur dorée, propre aux produits cuits au four, tendre au toucher et à la dégustation ; par un centre garni où domine le rouge de la tomate, à laquelle s’est parfaitement mélangée l’huile et, selon les ingrédients utilisés, le vert de l’origan et le blanc de l’ail ; par le blanc de la mozzarella par plaques plus ou moins rapprochées, le vert du basilic en feuilles, plus ou moins foncé sous l’effet de la cuisson. »

Quel festin de couleurs ! Quelle inspiration visuelle !

Quant à la promotion du produit, elle est digne du plus roué des dépliants publicitaires :
« La consistance de la "Pizza Napoletana" doit être tendre, élastique, facilement pliable ; le produit cède facilement à la découpe ; elle a un goût caractéristique, savoureux, conféré par le bord surélevé, qui présente le goût typique du pain bien levé et bien cuit, mélangé à la saveur acidulée de la tomate, à l’arôme, respectivement, de l’origan, de l’ail ou du basilic, et à la saveur de la mozzarella cuite. »

Alors, Mesdames, Messieurs, qu’on en finisse avec cette réputation de crânes d’oeuf et de canards ayant avalé un parapluie : les fonctionnaires européens sont des hommes et de femmes comme les autres, ils ont un cœur et des papilles... et bien sûr un sens aigu des priorités normatives en acceptant de valider de telles rédactions en les annexant aux règlements.

Bien évidemment, la recette complète suit dans le cahier des charges annexé au règlement. Et on sera rassuré de savoir que l’opposition de la Pologne à cette norme commune (aussi déterminante que celle qu’elle négocia au moment du Traité sur la Constitution) a pu être levée grâce à ce texte, alors que les Allemands, par leur pragmatisme acceptant quelques précisions sur les farines, auraient pu, à cause de leur accord, nous en priver.


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